Un bienfaiteur pour Gannat (1)

Bonjour à toutes et à tous.

Si je vous dit avenue, parc, pavillon, fond de livres anciens à la médiathèque... Vous l'aurez sans doute deviné, l'homme de la semaine, c'est Gabriel Delarue. Que dis-je, de la semaine ! Il faudra bien plusieurs semaines pour évoquer ce personnage marquant de la cité aux chardons. Car Gabriel Delarue fut tout à la fois homme politique, homme de culture, homme de médecine, philanthrope, mécène, collectionneur... Beaucoup pour un seul homme. Beaucoup pour une courte biographie. Aussi ne pourrai-je pas traiter d'un seul coup les nombreux talents de l'ancien député-maire de Gannat.

La famille Delarue plonge profondément ses racines dans la vie gannatoise. Ayant construit sa notoriété grâce au commerce du drap dès le 15ème siècle, la famille se tourne vers des charges officielles à partir du 17ème. Ainsi, Louis-Charles-Auguste Delarue exerce la charge de notaire royal à Gannat quand son épouse, Magdelaine Berger donne le jour au petit Gabriel le 14 mars 1846. Quel avenir envisageaient les jeunes parents en portant leur enfant sur les fonts baptismaux deux jours plus tard ? En fait, le parcours de Gabriel donne à penser que lui-même a dû longuement se poser la question.

Effectivement, on retrouve Gabriel Delarue bien plus tard poursuivant de front des études de droit et de médecine. Deux matières n'ayant en apparence que peu de points communs. A moins que... A moins que ses études de droit aient pour but d'embrasser une carrière politique. Auquel cas tout prend sens. Gabriel Delarue veut oeuvrer pour le bien commun. Soigner les corps ou soigner le corps social. Au final, il obtient son doctorat de médecine et une licence de droit.

Au début ce sera donc l'exercice de la médecine. Il écrit même en 1876 une brochure sur le cancer de la colonne vertébrale consécutif au cancer du sein. Pourtant la vie politique l'attire. Localement d'abord, avec un premier mandat de maire de Gannat obtenu en 1888. S'y ajouteront les mandats de conseiller général l'année suivante et de député en 1893. C'est sa mort, le 26 décembre 1905 qui mit un terme à ses mandats.

Républicain convaincu (à cette époque de crises et d'affaires rien n'est encore acquis), de tendance radical de gauche (il est directeur du journal Le Radical de l'Allier) il milite principalement pour l'élection du Sénat au suffrage universel (lui même se présente à la chambre, réputée conservatrice, sans succès en 1903), la suppression des impôts indirects, l'organisation du crédit agricole, la création du service militaire obligatoire, la liberté d'association, la séparation des Eglises et de l'Etat, la gratuité de l'instruction à tous les degrés et l'institution d'une Caisse de retraite pour la vieillesse. On se plaît à constater qu'un siècle plus tard certains de ces sujets sont toujours d'une actualité brûlante...

On pourrait aussi continuer avec la liste des différentes commissions auxquelles il participa. Toutefois j'ai la faiblesse de croire que cela serait assez fastidieux. Mais si vraiment vous ne pouvez pas résister à la curiosité, vous pouvez consulter le site de l'Assemblée nationale où vous pourrez trouver des biographies assez complètes des députés français depuis 1789. Source indispensable ! Je m'arrêterai  donc juste sur l'une des commissions dont il fut le rapporteur. Veuillez excuser à l'avance cette digression, mais je ne résiste pas à vous conter cette affaire rocambolesque.

Plus haut, j'évoquais les affaires et les crises qui mettaient en danger la Troisième République. Vous avez tous en tête l'affaire  Dreyfus, le général Boulanger, l'affaire de Panama, le trafic des Légions d'Honneur (non, non, pas l'affaire Woerth, l'autre...). Mais connaissez-vous l'affaire Humbert ? Vous connaissez Bernard Madoff,  je présume ? Eh bien, le Bernard Madoff du début du vingtième siècle s'appelait Thérèse Humbert.

Née Thérèse Daurignac cette jeune femme monte une escroquerie extraordinaire pour gravir les échelons de la société. Elle commence par s'inventer une fortune, bien convaincue qu'on n'attire pas les mouches avec du vinaigre. Et le stratagème fonctionne. La mouche en l'occurence s'appelle Frédéric Humbert, fils d'un... sénateur et ancien Garde des Sceaux ! Et alors ? me direz-vous. Elle a floué un jeune homme naïf et il n'y a pas là de quoi susciter le scandale, tout juste de la pitié. Oui, mais le couple va plus loin. Ils inventent un faux héritage d'un oncle d'Amérique, un certain Crawford, qui aurait légué à Thérèse une fortune colossale à savoir 80 000 000 de francs or (soupirs...). De quoi emprunter d'autres fortunes à des banques sûres que les emprunteurs sont riches, or, on ne prête qu'aux riches. Le couple en profite pour dépenser des sommes énormes notamment pour acheter le château des Vives-Eaux à Dammarie-les-Lys, vous savez, le château de cette autre escroquerie, "culturelle" celle-là, la Star Academy... Vraiment, l'Histoire a de l'humour. Bref, en 1902, cette escroquerie provoque la faillite de la banque Girard. Un journaliste du Matin, intrigué par cette faillite, enquête et découvre le pot aux roses. L'affaire explose le 9 mai 1902. La famille s'enfuit en Espagne mais est arrêtée et extradée en 1903. La justice condamne Thérèse Humbert à cinq ans de travaux forcés. A méditer...

Quel fut le rôle de Gabriel Delarue dans cette histoire ? Il eut à faire la lumière sur des complicités dénoncées par les avocats des prévenus. N'oublions pas que le père de Frédéric Humbert était sénateur. Qui plus est, l'appartement parisien des époux Humbert était un salon réputé de la haute société parisienne. Une commission parlementaire était donc un moindre mal pour un régime en proie aux affaires et qui était en quête de respectabilité. Pour terminer l'anecdote, le rapport du député gannatois portait en suscription un aphorisme de l'historien Renan :

"La crédulité humaine est ce qui donne le mieux l'idée de l'infini."

Beau sujet de dissertation, n'est-il pas ?

 

Si vous voulez en savoir plus sur l'affaire Humbert (je n'en ai fait qu'un bref résumé), je vous conseille l'article de Patrick Girard malicieusement intitulé "les millions de la belle Thérèse" sur le site de Marianne 2 dont voici le lien : 

http://www.marianne2.fr/Les-millions-de-la-belle-Therese_a128758.html

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×