Pierre Roch Jurien de la Gravière -2

A la fin de notre précédent chapitre nous avons laissé Jurien de la Gravière à la sortie de sa captivité britannique en laissant entendre qu'il aurait sa revanche. Il est temps d'évoquer le revers infligé par notre bourbonnais à la marine de sa majesté le Roi d'Angleterre. La chose est suffisamment peu courante pour que nous nous y arrêtions un instant.

Situons les faits. Nous sommes en 1809. La France napoléonienne subit un dramatique et efficace blocus maritime de la part d'Albion la perfide (que les anglophiles qui viendraient à me lire ne me tiennent pas rigueur de cette expression, je ne fais que l'emprunter aux contemporains de l'époque). Trafalgar reste dans toutes les mémoires. La marine de saint George domine les flots quand les grognards dominent les terres. Pourtant la pauvre marine française qui n'est plus que l'ombre de ce qu'elle fut tente désespérément d'exister. Louis XVI s'était intéressé à la mer et nous l'avons dit, certains témoignages prétendent que quelques instants avant de mourir son esprit divaguait quelque part dans le Pacifique. Mais Napoléon ? C'était un artilleur. La mer, il l'avait vu, il l'avait même traversée. Mais il avait l'âme d'Alexandre le Grand. Son regard était tourné vers l'est, vers les immensités continentales. Alors la mer... Autant la laisser à l'Anglois (grave erreur ceci étant dit !). C'est dans ce contexte qu'on ordonne à Jurien de la Gravière de tenter de forcer le blocus britannique à la tête d'une armada... de trois navires ! Avec ses trois frégates il a ordre de se rendre de Lorient à Rochefort avant de rejoindre le large. Hélas, le maillage de l'adversaire est dense et ce dernier a tôt fait de repérer l'escadre française la prenant immédiatement en chasse. Le combat devient dès lors inévitable.

Bataille navale franco-britannique dans la rade des Basques 

Il a lieu au large des Sables d'Olonne. Et même si le capitaine évoque une sorte de bienveillance surnaturelle, les combats sont âpres et d'une intense violence comme on peut en juger par le témoignage qu'il en fit dans ses Mémoires :

" Un charme semblait nous protéger. Quelques projectiles cependant arrivaient bien de temps à autres à leur destination. De l'avant des porte-haubans de misaine au bossoir, dans un espace de quelques mètres carrés, on comptait 19 boulets de 32 qui avaient traversé la frégate des deux bords. Les soldats de marine anglais, rangés sur la dunette du Defiance, occupaient une position dominante, d'où ils faisaient pleuvoir sur notre pont une grêle de balles. Les valets même, ces tampons de corde qu'on place dans le canon pour maintenir la charge, devenaient, dans un combat aussi rapproché, des projectiles presque aussi dangereux que les boulets ou la mitraille. Quelques uns de ces valets, en tombant sur le pont, mirent le feu à bord de la Créole. Tout commencement d'incendie est chose grave dans un combat naval. J'animais les hommes occupés à puiser l'eau le long du bord, lorsque je me sentis frappé d'un coup violent à la nuque. Je chancelai, et me serais affaissé sur moi-même, si je n'avais trouvé l'appui du bastingage. A la pâleur de mon visage, l'officier de manoeuvre me crut mortellement atteint. Ce n'était qu'un valet du Defiance qui m'avait étourdi. Je souffrais beaucoup, mais l'animation du combat me fit bientôt oublier la douleur."

Et alors ? Et alors ? Me demanderez-vous ? Un combat aussi haletant ne mérite-t-il pas un peu d'attente pour enfin en découvrir le dénouement ?

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