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Gannat sous la neige.

Bonjour à toutes et à tous.

Vous avez eu l'occasion de découvrir la tour Calixte-Moulin nimbée de la lumière rose-orangée d'un matin d'été. La voici couronnée de l'immaculée poudreuse d'hiver.

Quant aux arbres de la place Jules Fontenay, il y a encore peu flamboyants, ils ont désormais une allure de sculptures cristallines.

 

Gabriel Delarue (4)

Bonjour à toutes et à tous.

 

 

Aujourd'hui, dernier volet sur cette personnalité emblématique de Gannat : Gabriel Delarue. Nous avons évoqué sa jeunesse, sa formation et son engagement politique. Reste à expliquer l'attachement de la ville à ce personnage : l'héritage légué aux Gannatois. Certes il ne fut pas le seul bienfaiteur de la cité comme nous le verrons ultérieurement. Mais le legs culturel et mobilier  qu'il a transmis à ses administrés est assez considérable. Et plutôt que de faire un long inventaire à la Prévert, je préfère vous laisser simplement découvrir le testament de l'ancien député-maire de Gannat. 

"Je lègue également à la ville tout ce que je possède en fait de livres, tableaux et objets d'art, instruments de musique, en un mot tout ce qui sera trouvé chez moi au jour de mon décès. La maison sera réparée par les soins de M. Bourdelier. A l'étage supérieur après avoir réuni par une porte les deux petites chambres on installera mes livres dans des bibliothèques fermées, l'accès en sera permis à des personnes voulant travailler qui devront se munir d'une carte d'autorisation, auprès de Président de la commission, que l'on nommera à cet effet composée du maire, de deux directeurs de nos Ecoles, de mon ami Tardy et de deux conseillers municipaux. (...)

Je laisse également à la ville toute ma musique qui sera fermée dans une bibliothèque spéciale. Si par la suite il se fonde à Gannat une société de quatuors ou une symphonie sérieuse, ces sociétés pourront se servir de cette musique en empruntant pas plus de trois morceaux à la fois qu'elles devront rendre en bon état. Mes violons seront ainsi que mes archers [sic] placés dans une vitrine comme cela se fait pour ces instruments. (...)

Je laisse également un nombre de photographies fort belles, elles sont l'oeuvre de mon ami Trouillebert. On fera faire des albums fermés et on pourra les voir le dimanche où elles seront mises à la disposition de personnes travaillant le dessin qui ne pourront pas les emporter.

Je laisse également de très nombreux portraits gravés. (...)

Mes livres seront également classifiés par ordre de matières, ils seront mis dans les trois chambres du haut, dans la mienne on abattera [sic] la cloison qui est derrière le lit. Il sera mis une table et des sièges et l'on fera du feu en hiver quand il y aura des travailleurs.

Mes tableaux seront disposés dans les pièces du Rez-de-chaussée et du premier qui seront tendues d'un papier gris uniforme.

Le bas de la maison sera tendu également d'un papier uniforme, les pepiers sombres enlevant la lumière.

Pour ces tableaux, il sera peut-être possible d'agrandir mon atelier en y joignant la grange soit de construire un peu plus loin un édifice rectangulaire dans le jardin éclairée [sic] par le nord qui servirait de musée".

 

 

On le voit, Gabriel Delarue était un homme épris de culture. Mais c'était aussi un homme qui désirait que chacun puisse y accéder. Son objectif est aujourd'hui en partie atteint : son jardin est devenu public pour le plaisir de tous (surtout des enfants et des mélomanes qui pouvaient écouter de la musique autour du kiosque), le pavillon abrite des expositions régulières, la médiathèque dont une salle a été spécialement aménagée garde les ouvrages du donateur. 

B.A.

Gabriel Delarue (3)

Bonjour à toutes et à tous.

Reprenons notre biographie de Gabriel Delarue et penchons-nous plus particulièrement sur son activité municipale.

En tant que maire de Gannat, Gabriel Delarue s'inscrit de lui-même dans la lignée de ses prédécesseurs, Frenaye et Rantian. Au premier, qu'il appelle "le maire de la Révolution", il rend hommage dans ses "fameuses pages de la Révolution française à Gannat". Du deuxième, il dresse un vibrant panégyrique lors de l'inauguration de la place qui porte désormais son nom. Du reste, ce même 14 juillet 1892, ce ne sont pas moins de quatre places qui sont rebaptisées dans la commune : les places Rantian, donc, mais également des Etiveaux, Adrian (tous deux anciens maires) et madame Arnaud. Mais pourquoi cette admiration pour ces peronnalités de Gannat et en premier lieu Frenaye et Rantian ? Parce que "ce sont des personnalités ayant appartenu au parti républicain". Or Delarue est un républicain passionné. Si vous lisez son opuscule intitulé La Révision de la Constitution, vous vous en rendrez compte.

Mais comment le maire d'une petite cité provinciale peut-il matérialiser cet amour de la République ? En créant des écoles ! Celle des garçons, d'abord, actuelle école Jean Jaurès, terminée en 1897. Celle des filles, ensuite, actuelle école Pasteur, terminée après sa mort. Pour le député-maire, l'école est primordiale pour affermir le nouveau régime et surtout pour éclairer les futurs citoyens. D'ailleurs, il ne ratait pas, à l'occasion des remises des prix, de vanter dans ses discours la République et l'idéal de Fraternité. Sans doute avaient-ils la teneur de cet extrait tiré de La Révision de la Constitution: « Mes enfants, il faut vous aimer les uns les autres ; quand vous aurez besoin de vos amis, de vos voisins, vous devrez vous venir en aide : il faudra toujours faire le bien : aimer votre pays : vous deviendrez ainsi de bons citoyens et de bons républicains en vous inspirant toujours de la véritable maxime républicaine, la Fraternité. »

Et pour ce passionné de la République, l'Histoire devait tenir une place majeure dans l'enseignement. C'est pour cela qu'il se penchait sur celle de sa cité et qu'il proposa à ses concitoyens (car il n'y a pas d'âge pour apprendre) une conférence sur la Révolution à Gannat.

La mémoire toujours. Celle des hommes illustres, on l'a vu plus haut. Mais celle aussi des sans grades, des inconnus morts en 1870. Gannat est ainsi l'une des rares municipalités française à faire ériger une "lanterne aux morts". L'oeuvre de Coulon représente une allégorie de la patrie en pleurs sur le visage de laquelle se devine un voile de deuil.

Cependant, l'oeuvre d'un maire doit également être celle des grands travaux. Surtout que Delarue fut le maire du passage au 20ème siècle. Il fallait donc que la ville se modernisât. On a évoqué plus haut les cérémonies de dépôt de plaques sur certaines places de la ville. Cela est en fait le signe d'un remaniement et d'une modernisation de la voierie municipale.

Autre grand oeuvre :le perré de l'Andelot le long de la route de Vichy (actuelle avenue Jean Jaurès).

Surtout, tou au long du 19ème siècle s'est posé le problème de l'exiguité du foirail qui accueillait les foires agricoles. Il fallait donc un espace plus vaste. Ce sera le Champ de foire. C'est là, qu'à partir de 1904, se tiendront le deuxième samedi du mois toutes les foires de Gannat. L'oeuvre n'est toutefois pas à mettre en totalité à l'actif de Delarue. Tout a commencé par l'achat du "pré Guillois" par la municipalité en 1844. Mais c'est bien lui qui y mettra un point final.

Cette action en faveur des foires agricoles illustre également l'intérêt du maire de Gannat pour le monde agricole. Si au niveau national il s'engageait en faveur de la création d'un crédit agricole, il encourage, à l'échelon local, les sociétés mutuelles et les syndicats agricoles.

B. A.

Automne

Bonjour à toutes et à tous. 

 

Qui a dit que l'automne était gris et triste ? Ne peut-il pas être flamboyant ?

 

B. A. 

 

 

 

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Gabriel Delarue (2)

Bonjour à toutes et à tous.

J'ai évoqué la semaine passée la vie politique nationale du député Delarue. Mais j'aimerais apporter une petite précision. En travaillant sur le personnage à la médiathèque, j'ai pu avoir accès à un opuscule écrit par Gabriel Delarue (je tiens au passage à remercier l'ensemble de l'équipe de la médiathèque qui a mis à ma disposition de nombreux documents). Celui-ci se présente sous la forme d'un dialogue et est intitulé : la Révision de la Constitution. Je n'ai hélas pas encore eu le temps de le lire dans sa globalité et de le retaper (il a été dactylographié sur du papier pelure et nécessite un petit effort de déchiffrage) mais cela fait penser, en dépit de sa forme dialoguée, au programme électoral d'un candidat aux élections législatives. Ce texte répond par ailleurs assez bien  à la description d'un manuscrit intitulé Coquillard, évoqué par René Germain dans Gannat et sa région. S'agit-il du même opuscule ? Je tâcherai de vous en dire plus ultérieurement.

Aujourd'hui, j'aimerais me pencher sur l'action locale du député Gabriel Delarue. Cela servira ainsi de transition entre la première partie de l'article et la prochaine que vous pourrez lire la semaine prochaine. En tant que député,  le parlementaire gannatois asssocié à ses homologues bourbonnais a dû proposer à trois reprises  des lois afin de venir en aide aux habitants du département. En novembre 1894, tout d'abord, après que la grêle se fut abattue sur le Bourbonnais. M. Delarue avec les députés Gacon, Ville et Mathé demandent alors un crédit extraordinaire de 300 000 francs aux ministres de l'Intérieur et de l'Agriculture. Trois ans plus tard, en juin 1897 c'est un crédit de trois millions que lui et ses co-mandataires (les députés Gacon Mathé et Ville) demandent pour venir en aide aux Elavérins victimes des "derniers ouragans"! Enfin, en décembre 1900, la grêle ravage une nouvelle fois le département, nécessitant l'intervention des représentants du peuple (les élus Delarue, Ville, Gacon et Péronneau) pour l'ouverture d'un  nouveau crédit extraordinaire. Un mandat au Palais Bourbon n'exclue en rien l'activité locale. Surtout lorsque de surcroît, on est le premier édile du chef-lieu d'arrondissement  (Gannat le restera jusqu'en 1926) de la circonscription dont on est l'élu.

Quelle a donc été l'oeuvre du maire Gabriel Delarue ? On peut dire qu'elle est encore physiquement présente et remarquable dans la ville de Gannat. Depuis la lanterne aux morts jusqu'au perré de l'Andelot en passant par les écoles... Mais je vous en dirai plus dès la semaine prochaine...

B.A.

Le sabre du général Rabusson.

Bonjour à toutes et à tous.

Vous l'aurez remarqué, j'aime agrémenter mes articles d'images et de documents divers. Ceux qui ont lu la biographie que j'ai écrite sur le général Rabusson, "le garçon boucher devenu général", peuvent désormais découvrir son sabre. J'ai pu dénicher cette photo dans un ouvrage très intéressant, Le patrimoine des communes de l'Allier aux éditions Flohic. Vous pouvez d'ailleurs le consulter (enfin pas pour l'instant car je l'ai emprunté) à la médiathèque de Gannat (cote FR944.457 PAT). Voici donc l'objet : 

Un bienfaiteur pour Gannat (1)

Bonjour à toutes et à tous.

Si je vous dit avenue, parc, pavillon, fond de livres anciens à la médiathèque... Vous l'aurez sans doute deviné, l'homme de la semaine, c'est Gabriel Delarue. Que dis-je, de la semaine ! Il faudra bien plusieurs semaines pour évoquer ce personnage marquant de la cité aux chardons. Car Gabriel Delarue fut tout à la fois homme politique, homme de culture, homme de médecine, philanthrope, mécène, collectionneur... Beaucoup pour un seul homme. Beaucoup pour une courte biographie. Aussi ne pourrai-je pas traiter d'un seul coup les nombreux talents de l'ancien député-maire de Gannat.

La famille Delarue plonge profondément ses racines dans la vie gannatoise. Ayant construit sa notoriété grâce au commerce du drap dès le 15ème siècle, la famille se tourne vers des charges officielles à partir du 17ème. Ainsi, Louis-Charles-Auguste Delarue exerce la charge de notaire royal à Gannat quand son épouse, Magdelaine Berger donne le jour au petit Gabriel le 14 mars 1846. Quel avenir envisageaient les jeunes parents en portant leur enfant sur les fonts baptismaux deux jours plus tard ? En fait, le parcours de Gabriel donne à penser que lui-même a dû longuement se poser la question.

Effectivement, on retrouve Gabriel Delarue bien plus tard poursuivant de front des études de droit et de médecine. Deux matières n'ayant en apparence que peu de points communs. A moins que... A moins que ses études de droit aient pour but d'embrasser une carrière politique. Auquel cas tout prend sens. Gabriel Delarue veut oeuvrer pour le bien commun. Soigner les corps ou soigner le corps social. Au final, il obtient son doctorat de médecine et une licence de droit.

Au début ce sera donc l'exercice de la médecine. Il écrit même en 1876 une brochure sur le cancer de la colonne vertébrale consécutif au cancer du sein. Pourtant la vie politique l'attire. Localement d'abord, avec un premier mandat de maire de Gannat obtenu en 1888. S'y ajouteront les mandats de conseiller général l'année suivante et de député en 1893. C'est sa mort, le 26 décembre 1905 qui mit un terme à ses mandats.

Républicain convaincu (à cette époque de crises et d'affaires rien n'est encore acquis), de tendance radical de gauche (il est directeur du journal Le Radical de l'Allier) il milite principalement pour l'élection du Sénat au suffrage universel (lui même se présente à la chambre, réputée conservatrice, sans succès en 1903), la suppression des impôts indirects, l'organisation du crédit agricole, la création du service militaire obligatoire, la liberté d'association, la séparation des Eglises et de l'Etat, la gratuité de l'instruction à tous les degrés et l'institution d'une Caisse de retraite pour la vieillesse. On se plaît à constater qu'un siècle plus tard certains de ces sujets sont toujours d'une actualité brûlante...

On pourrait aussi continuer avec la liste des différentes commissions auxquelles il participa. Toutefois j'ai la faiblesse de croire que cela serait assez fastidieux. Mais si vraiment vous ne pouvez pas résister à la curiosité, vous pouvez consulter le site de l'Assemblée nationale où vous pourrez trouver des biographies assez complètes des députés français depuis 1789. Source indispensable ! Je m'arrêterai  donc juste sur l'une des commissions dont il fut le rapporteur. Veuillez excuser à l'avance cette digression, mais je ne résiste pas à vous conter cette affaire rocambolesque.

Plus haut, j'évoquais les affaires et les crises qui mettaient en danger la Troisième République. Vous avez tous en tête l'affaire  Dreyfus, le général Boulanger, l'affaire de Panama, le trafic des Légions d'Honneur (non, non, pas l'affaire Woerth, l'autre...). Mais connaissez-vous l'affaire Humbert ? Vous connaissez Bernard Madoff,  je présume ? Eh bien, le Bernard Madoff du début du vingtième siècle s'appelait Thérèse Humbert.

Née Thérèse Daurignac cette jeune femme monte une escroquerie extraordinaire pour gravir les échelons de la société. Elle commence par s'inventer une fortune, bien convaincue qu'on n'attire pas les mouches avec du vinaigre. Et le stratagème fonctionne. La mouche en l'occurence s'appelle Frédéric Humbert, fils d'un... sénateur et ancien Garde des Sceaux ! Et alors ? me direz-vous. Elle a floué un jeune homme naïf et il n'y a pas là de quoi susciter le scandale, tout juste de la pitié. Oui, mais le couple va plus loin. Ils inventent un faux héritage d'un oncle d'Amérique, un certain Crawford, qui aurait légué à Thérèse une fortune colossale à savoir 80 000 000 de francs or (soupirs...). De quoi emprunter d'autres fortunes à des banques sûres que les emprunteurs sont riches, or, on ne prête qu'aux riches. Le couple en profite pour dépenser des sommes énormes notamment pour acheter le château des Vives-Eaux à Dammarie-les-Lys, vous savez, le château de cette autre escroquerie, "culturelle" celle-là, la Star Academy... Vraiment, l'Histoire a de l'humour. Bref, en 1902, cette escroquerie provoque la faillite de la banque Girard. Un journaliste du Matin, intrigué par cette faillite, enquête et découvre le pot aux roses. L'affaire explose le 9 mai 1902. La famille s'enfuit en Espagne mais est arrêtée et extradée en 1903. La justice condamne Thérèse Humbert à cinq ans de travaux forcés. A méditer...

Quel fut le rôle de Gabriel Delarue dans cette histoire ? Il eut à faire la lumière sur des complicités dénoncées par les avocats des prévenus. N'oublions pas que le père de Frédéric Humbert était sénateur. Qui plus est, l'appartement parisien des époux Humbert était un salon réputé de la haute société parisienne. Une commission parlementaire était donc un moindre mal pour un régime en proie aux affaires et qui était en quête de respectabilité. Pour terminer l'anecdote, le rapport du député gannatois portait en suscription un aphorisme de l'historien Renan :

"La crédulité humaine est ce qui donne le mieux l'idée de l'infini."

Beau sujet de dissertation, n'est-il pas ?

 

Si vous voulez en savoir plus sur l'affaire Humbert (je n'en ai fait qu'un bref résumé), je vous conseille l'article de Patrick Girard malicieusement intitulé "les millions de la belle Thérèse" sur le site de Marianne 2 dont voici le lien : 

http://www.marianne2.fr/Les-millions-de-la-belle-Therese_a128758.html

Pierre Roch Jurien de la Gravière - 3

Après une longue semaine d'attente, nous voilà donc au dénouement de la bataille des Sables d'Olonne. Nous avons laissé, je le rappelle, le commandant de la frégate abasourdi par un valet que les artilleurs du Defiance venaient de tirer. Pourtant, bien qu'en infériorité numérique, face à six navires britanniques plus lourdement armés et après une lutte acharnée Jurien de la Gravière se souvient du retentissement de victoire qui ébranla la Créole : ""Le vaisseau est rendu ! Le vaisseau vient d'amener!" Nos acclamations trouvèrent de l'écho à bord de la Concorde et de la Revanche, et on dut les entendre au loin dans la campagne." Certes nos navires s'en sortirent en piteux état. Certains auront beau jeu de dire qu'il s'agissait d'une victoire à la Pyrrhus. Qu'importe ! C'était une victoire quand même ! Alors, ne boudons pas notre plaisir, surtout en ces temps révolutionnaires ou les victoires navales étaient denrées rares pour les Français... ou alors, très paradoxalement au fil du sabre de cavalerie ! Bref, clamons le haut et fort, c'est un Gannatois qui redora le blason de la marine française.

Par la suite, Jurien de la Gravière poursuivit sa carrière comme d'autres, en voguant à travers les nombreux régimes politiques qui affleurèrent à la surface de cette mer houleuse que fut le 19ème siècle. Il fut ainsi mandaté par Louis XVIII pour installer un nouveau gouverneur à la tête de l'île Bourbon. Il l'atteignit alors que Napoléon était revenu pour Cent jours. Le savait-il alors ? Il revint en métropole. Waterloo était déjà loin. Napoléon aussi. Peut-être même avait-il croisé lors de son voyage retour une armada britannique escortant le Northumberland faisant route vers Sainte-Hélène.

Jusqu'à sa mort, le vent porta le marin dans maintes escales : au Brésil, dans les Antilles et pour finir à la tête de la préfecture maritime du quatrième arrondissement. Sa carrière fut alors ponctuée de décorations et d'honneurs. Pour abréger la longue litanie de ses promotions et de ses distinctions, nous dirons simplement que le 14 janvier 1849, c'est un vice-amiral, pair de France, Grand croix de la Légion d'honneur qui s'éteint, "loin des flots de mars", dans sa résidence parisienne.

Mais Pierre Roch Jurien de la Gravière est avant tout un enfant de Gannat. Et il est bien dommage qu'à l'instar des généraux Rabusson et Sauret il n'y ait pas de rue à son nom.

Pierre Roch Jurien de la Gravière -2

A la fin de notre précédent chapitre nous avons laissé Jurien de la Gravière à la sortie de sa captivité britannique en laissant entendre qu'il aurait sa revanche. Il est temps d'évoquer le revers infligé par notre bourbonnais à la marine de sa majesté le Roi d'Angleterre. La chose est suffisamment peu courante pour que nous nous y arrêtions un instant.

Situons les faits. Nous sommes en 1809. La France napoléonienne subit un dramatique et efficace blocus maritime de la part d'Albion la perfide (que les anglophiles qui viendraient à me lire ne me tiennent pas rigueur de cette expression, je ne fais que l'emprunter aux contemporains de l'époque). Trafalgar reste dans toutes les mémoires. La marine de saint George domine les flots quand les grognards dominent les terres. Pourtant la pauvre marine française qui n'est plus que l'ombre de ce qu'elle fut tente désespérément d'exister. Louis XVI s'était intéressé à la mer et nous l'avons dit, certains témoignages prétendent que quelques instants avant de mourir son esprit divaguait quelque part dans le Pacifique. Mais Napoléon ? C'était un artilleur. La mer, il l'avait vu, il l'avait même traversée. Mais il avait l'âme d'Alexandre le Grand. Son regard était tourné vers l'est, vers les immensités continentales. Alors la mer... Autant la laisser à l'Anglois (grave erreur ceci étant dit !). C'est dans ce contexte qu'on ordonne à Jurien de la Gravière de tenter de forcer le blocus britannique à la tête d'une armada... de trois navires ! Avec ses trois frégates il a ordre de se rendre de Lorient à Rochefort avant de rejoindre le large. Hélas, le maillage de l'adversaire est dense et ce dernier a tôt fait de repérer l'escadre française la prenant immédiatement en chasse. Le combat devient dès lors inévitable.

Bataille navale franco-britannique dans la rade des Basques 

Il a lieu au large des Sables d'Olonne. Et même si le capitaine évoque une sorte de bienveillance surnaturelle, les combats sont âpres et d'une intense violence comme on peut en juger par le témoignage qu'il en fit dans ses Mémoires :

" Un charme semblait nous protéger. Quelques projectiles cependant arrivaient bien de temps à autres à leur destination. De l'avant des porte-haubans de misaine au bossoir, dans un espace de quelques mètres carrés, on comptait 19 boulets de 32 qui avaient traversé la frégate des deux bords. Les soldats de marine anglais, rangés sur la dunette du Defiance, occupaient une position dominante, d'où ils faisaient pleuvoir sur notre pont une grêle de balles. Les valets même, ces tampons de corde qu'on place dans le canon pour maintenir la charge, devenaient, dans un combat aussi rapproché, des projectiles presque aussi dangereux que les boulets ou la mitraille. Quelques uns de ces valets, en tombant sur le pont, mirent le feu à bord de la Créole. Tout commencement d'incendie est chose grave dans un combat naval. J'animais les hommes occupés à puiser l'eau le long du bord, lorsque je me sentis frappé d'un coup violent à la nuque. Je chancelai, et me serais affaissé sur moi-même, si je n'avais trouvé l'appui du bastingage. A la pâleur de mon visage, l'officier de manoeuvre me crut mortellement atteint. Ce n'était qu'un valet du Defiance qui m'avait étourdi. Je souffrais beaucoup, mais l'animation du combat me fit bientôt oublier la douleur."

Et alors ? Et alors ? Me demanderez-vous ? Un combat aussi haletant ne mérite-t-il pas un peu d'attente pour enfin en découvrir le dénouement ?

Pierre Roch Jurien de la Gravière

 

 

"Né à Gannat, en Bourbonnais, le 5 janvier 1772, dans une de ces provinces de l'intérieur où jamais le flot de mars ne s'est fait sentir, je ne semblais point destiné à servir sur les vaisseaux du roi." Ainsi commencent les mémoires de Pierre Roch Jurien de la Gravière. Inutile de chercher son nom sur un plan de sa ville natale. Il n'y en a hélas pas. Si Brest lui a octroyé cet honneur, c'est sans doute la Marine nationale qui lui a rendu le plus bel hommage en baptisant un de ses bâtiments de son nom.

Certes, l'enfant du pays n'est resté qu'une dizaine d'années à Gannat et sa vie qui l'a conduit sur toutes les mers du globe, ou presque, ne lui a pas donné l'occasion d'un retl'Astrolabeet de our au "pays" natal. Cependant, ses racines sont ici. Son père, Jean Pierre Jurien des Varennes est Riomois et sa mère, Catherine-Procule Delaire, Gannatoise. Ce sont des revers de fortune qui obligent ses parents à partir refaire leur vie à Rochefort, expliquant ainsi la carrière maritime du jeune de la Gravière. Et là encore, quelle carrière ! 

Comme les généraux Rabusson et Sauret, c'est la période révolutionnaire qui favorise l'ascension hiérarchique du marin bourbonnais. Même s'il fallut d'abord pour cela convaincre un père meurtri par la mort d'un de ses enfants engagé volontaire dans la marine royale. Le jeune homme y parvient tout de même et embarque en 1786 à bord de la corvette La Favorite. Le jeune novice pilotin n'est alors âgé que de 14 ans ! Dois-je rappeler l'aphorisme cicéronien déjà employé pour le général Rabusson engagé au même âge ? Quoi qu'il en soit, voilà le début d'une longue et fructueuse vie menée sur les flots océaniques.

On retrouve ainsi notre jeune marin en 1791 à bord de l'Espérance, l'un des navires qui, avec La Recherche, est parti sous les ordres de l'amiral d'Entrecasteaux à la recherche de l'expédition La Pérouse. Depuis trois ans, en effet, la Cour était restée sans nouvelles de la Boussole et de l'Astrolabe. Certains prétendent même que le 21 janvier 1793, à l'ombre du terrible instrument du docteur Guillotin, Louis XVI se serait enqui une ultime fois de ces scientifiques et marins partis à l'autre bout du monde... A l'autre bout du monde justement, en ce même mois de janvier, Jurien de la Gravière était promu enseigne de vaisseau.

 

 

Plus tard, en 1802, la tourmente révolutionnaire agite la lointaine Saint Domingue. Le Premier Consul, Bonaparte, tint à y rétablir "l'ordre de la métropole". Un corps expéditionnaire auquel Jurien de la Gravière participe est envoyé dans les Antilles. Il est alors commandant de la Mignonne. Et même s'il porte un regard critique sur la sauvagerie dont font preuves les troupes métropolitaines, son action lors de l'appui de la garnison de la ville de Léogane lui vaut d'être promu capitaine de vaisseau puis officier de la Légion d'honneur le 14 juin 1804. Malheureusement, cela n'empêche pas la prise de la Mignonne par la Royal Navy. L'officier est alors emmené en Angleterre. Qu'importe, l'heure de la revanche devait sonner quelques années plus tard.

A suivre...

Crédit iconographique : 

Photo du Jurien-de-la-Gravière : www.navires-14-18.com

Tableau de La Recherche et de l'Espérance : www.laperouse-france.fr

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